Variété Catimor : profil, origine et controverse qualité
Réponse rapide : variété Catimor
Le Catimor n'est pas une variété mais une famille de lignées d'arabica issues du croisement entre la Caturra et l'Hibrido de Timor, un hybride spontané entre Coffea arabica et Coffea canephora apparu sur l'île de Timor dans les années 1920. Cette introgression de gènes de canephora est ce qui donne au Catimor sa résistance à la rouille et son potentiel de rendement élevé. Elle se paie : exigence de fertilisation forte, rapport cerise vers café vert faible sur plusieurs lignées, potentiel de qualité en tasse coté de « très faible » à « bon » selon la lignée dans le catalogue de World Coffee Research, et résistance qui peut céder quand les races du champignon évoluent.
L'essentiel
- Le CIFC d'Oeiras reçoit des semences d'Hibrido de Timor en 1958 ou 1959 ; les croisements avec la Caturra démarrent en 1967 et donnent les lignées HW26 et H46.
- Port nain, potentiel de rendement coté élevé, première récolte en année 2 ou 3 selon la lignée, exigence nutritive cotée élevée à très élevée.
- Le potentiel de qualité en altitude change d'une lignée à l'autre : très faible pour T5175, faible pour T8667 et Lempira, bon pour Catimor 129.
- La résistance n'est jamais acquise : en mai 2017, World Coffee Research a confirmé par empreinte génétique que la Lempira n'était plus résistante à la rouille au Honduras.
Comment un hybride trouvé à Timor a-t-il donné naissance au Catimor ?
Tout part d'un accident botanique. Dans les années 1920, un caféier apparaît spontanément sur l'île de Timor : un croisement naturel entre Coffea arabica et Coffea canephora, l'espèce du robusta. Ce que l'on appelle depuis l'Hibrido de Timor porte donc, dans un fond génétique d'arabica, un fragment de génome de canephora. Ce fragment contient des gènes de résistance à la rouille du caféier que l'arabica cultivé ne possède pas.
Le Centro de Investigação das Ferrugens do Cafeeiro (CIFC) d'Oeiras, au Portugal, reçoit des semences d'Hibrido de Timor en 1958 ou 1959. Sur les deux envois, les sélectionneurs retiennent deux plants pour leur très forte résistance à la rouille, les CIFC 832/1 et 832/2. En 1967, ils entament les croisements avec la Caturra rouge CIFC 19/1, une mutation naine et productive du Bourbon : le premier donne la lignée HW26, le second la lignée H46. Après des tests à l'Instituto Agronômico de Campinas, au Brésil, ces descendances reçoivent le nom qui contracte leurs deux parents, Caturra et Catimor.
Le terme technique qui décrit ce transfert est l'introgression : un morceau de génome de canephora s'installe durablement dans un arabica. Tout le reste du dossier en découle. Le rendement, la résistance et le soupçon qui pèse sur la tasse viennent tous du même fragment de chromosome.
Que gagne un producteur qui plante du Catimor plutôt que du Bourbon ?
L'arbitrage se lit ligne par ligne dans le catalogue des variétés de World Coffee Research. Là où la Caturra, le Bourbon et le K7 servent de référence à un potentiel de rendement moyen, les Catimor T5175, T8667, Lempira et Catimor 129 sont tous cotés élevé. La précocité suit : première production en année 2 pour T5175 et Catimor 129, en année 3 pour T8667 et Lempira.
Le port nain autorise ensuite des densités qu'un caféier haut ne supporte pas. Le catalogue recommande 4 000 à 5 000 plants par hectare pour T5175, 5 000 à 6 000 pour T8667 et Lempira, 3 000 à 4 000 pour Catimor 129, en conduite à tige unique. Plus de pieds, plus tôt, plus de cerises : sur le papier, l'équation est imbattable.
Elle se paie ailleurs, et le même catalogue le dit. L'exigence nutritive est cotée très élevée pour T5175, élevée pour T8667, Lempira et Catimor 129 : sans fertilisation soutenue, le rendement promis ne vient pas. Le rapport cerise vers café vert est coté faible pour T5175, T8667 et Lempira, autrement dit il faut récolter davantage de cerises pour un même kilo de café vert. Le T5175 ajoute un défaut de sélection : la lignée n'est pas homogène et ses plants ne sont pas stables d'une génération à l'autre. Le Catimor 129 réclame une conduite attentive pour ne pas surcharger l'arbre. Enfin, la protection est partielle : ces lignées restent sensibles aux nématodes, et seul le Catimor 129 est coté résistant à l'anthracnose des baies.
Faut-il croire la mauvaise réputation du Catimor en tasse ?
La réponse dépend de la lignée, pas du mot. World Coffee Research note le potentiel de qualité en altitude sur une échelle qui va de très faible à exceptionnel. Le T5175 y est coté très faible. Le T8667 et la Lempira sont cotés faible. Le Catimor 129 et le Kartika 1, lui aussi issu du croisement Hibrido de Timor 832/1 avec la Caturra, sont cotés bon. Une seule étiquette commerciale, quatre verdicts agronomiques différents.
L'explication tient à la façon dont l'introgression se transmet. Le fragment de canephora n'apporte pas que les gènes de résistance recherchés : il entraîne avec lui les caractères voisins situés sur le même segment de chromosome, et c'est cette charge que les sélectionneurs cherchent à réduire par rétrocroisements successifs vers l'arabica. C'est exactement la démarche du Cenicafé sur les variétés Castillo, sorties en 2005 et issues du croisement Caturra avec l'Hibrido de Timor 1343 : rétrocroiser vers la Caturra pour récupérer la tasse sans lâcher la résistance.
Concrètement, un sac portant la mention Catimor ne dit presque rien. Il signale qu'il y a de l'introgression quelque part dans l'arbre généalogique. Il ne dit ni de quelle lignée il s'agit, ni à quelle altitude elle a poussé, ni comment le lot a été traité. Ce sont ces trois informations, jamais le nom seul, qui décident du contenu de la tasse.
Combien de variétés se cachent derrière le nom Catimor ?
World Coffee Research le dit sans détour : contrairement à une croyance répandue, le Catimor n'est pas une variété distincte, mais un groupe de variétés distinctes partageant la même parenté. Le décompte exact n'existe pas, parce que chaque pays a poursuivi sa propre sélection à partir des descendances envoyées par le CIFC.
- T5175, T8667 : deux descendances du croisement Hibrido de Timor 832/1 avec la Caturra, d'abord sélectionnées à l'Universidade Federal de Viçosa au Brésil, puis reçues par le CATIE de Turrialba, au Costa Rica, dans les années 1970 pour la première et en 1978 pour la seconde. Le T de leur code renvoie à Turrialba.
- Costa Rica 95, Lempira, IHCAFE 90, Catisic : sélections nationales tirées de ces deux lignées au Costa Rica, au Honduras et au Salvador. Le T8667 est au cœur des travaux du PROMECAFE, consortium régional fondé en 1978 pour répondre à l'arrivée de la rouille en Amérique centrale.
- Catimor 129 (Cat129, Nyika) : sélection d'une lignée colombienne du Cenicafé (Caturra avec Hibrido de Timor 1343), passée en Afrique dans les années 1970 par le Kenya, introduite au Malawi dans les années 1990 et libérée comme variété en 2006 pour son rendement et sa double résistance à la rouille et à l'anthracnose des baies.
- Kartika 1 : lignée envoyée par le CIFC en Indonésie en 1985, sélectionnée par l'Indonesian Coffee and Cocoa Research Institute et libérée en 1993. D'autres types locaux circulent en Indonésie sous l'étiquette Catimor, notamment l'Ateng et le Sigarar Utang.
Le groupe Sarchimor ne se confond pas avec le Catimor : il vient du même parent résistant, l'Hibrido de Timor, mais croisé avec la Villa Sarchi. Deux familles parallèles, une même dette génétique envers Timor. La filiation des variétés patrimoniales comme le Bourbon relève, elle, d'une tout autre histoire.
Quand la résistance du Catimor cesse-t-elle de tenir ?
Chaque fiche du catalogue de World Coffee Research porte le même avertissement : une variété résistante aujourd'hui peut ne plus l'être demain. La résistance à la rouille n'est pas une propriété fixe de la plante, c'est un rapport de force entre ses gènes et les races du champignon, et ce rapport bouge.
L'épisode de référence est documenté. Dans une étude publiée dans Food Security en 2015, Avelino et ses coauteurs analysent les crises de rouille qui ont frappé la Colombie de 2008 à 2011, puis l'Amérique centrale et le Mexique en 2012 et 2013 : la production colombienne a reculé de 31 % en moyenne sur les années d'épidémie par rapport à 2007, et la production centraméricaine de 16 % en 2013 par rapport à 2011-2012, puis encore de 10 % en 2013-2014 par rapport à 2012-2013.
La suite a touché le Catimor de plein fouet. En janvier 2017, l'Instituto Hondureño del Café reçoit des signalements de rouille sur des parcelles de Lempira, une sélection massivement plantée au Honduras précisément pour sa résistance. World Coffee Research procède à une identification par empreinte génétique sur des feuilles prélevées dans une exploitation fortement infectée et sur les pieds mères conservés par l'IHCAFE : les plants sont bien des Lempira, et ils sont bien sensibles. L'annonce est faite à Guatemala City le 12 mai 2017. L'incidence nationale relevée par l'IHCAFE atteignait alors 6 %, sous le seuil de dommage économique, mais 18 % des parcelles de Lempira suivies en mars dépassaient 10 % d'incidence. Deux hypothèses restent ouvertes : une race déjà présente au Honduras a muté, ou une race nouvelle est entrée dans le pays. World Coffee Research le résume ainsi : aucune variété résistante ne l'est contre toutes les races de rouille.
L'Indonésie a connu un scénario voisin avec le Kartika 1, dont la résistance locale a décliné alors que les essais internationaux la maintenaient élevée, au point que la variété n'y est plus recommandée aux petits producteurs. C'est la leçon du Catimor, et elle vaut pour tout le matériel introgressé : la génétique de résistance achète du temps, pas une immunité. Le calcul entre ce qu'elle rapporte au champ et ce qu'elle coûte en tasse est à refaire à chaque génération de sélection.
Quelles caractéristiques agronomiques et de tasse résument le Catimor ?
| Critère | Catimor |
|---|---|
| Parenté | Caturra × Hibrido de Timor : arabica portant un fragment de génome de Coffea canephora |
| Origine | CIFC, Oeiras (Portugal) : semences d'Hibrido de Timor reçues en 1958 ou 1959, croisements lancés en 1967 |
| Port et densité | Nain, compact ; 3 000 à 6 000 plants par hectare selon la lignée, en conduite à tige unique |
| Productivité | Potentiel de rendement coté élevé ; première récolte en année 2 (T5175, Catimor 129) ou en année 3 (T8667, Lempira) |
| Résistance à la rouille | Résistance intermédiaire au catalogue ; Lempira confirmée sensible au Honduras en mai 2017 |
| Altitude optimale | T5175 et T8667 : optimum bas à moyen, soit 700 à 1 300 m entre 5° et 15° de latitude ; Catimor 129 : optimum haut |
| Potentiel de qualité en altitude | Très faible pour T5175, faible pour T8667 et Lempira, bon pour Catimor 129 et Kartika 1 |
| Lignées et sélections | T5175, T8667, Catimor 129 (Nyika), Costa Rica 95, Lempira, IHCAFE 90, Catisic, Kartika 1 |
Questions fréquentes
Le Catimor est-il de l'arabica ou du robusta ?
Il est classé comme Coffea arabica. Il porte un fragment de génome de Coffea canephora introduit par l'Hibrido de Timor, ce que les généticiens appellent une introgression. Ce fragment explique à la fois sa résistance aux maladies et la prudence des dégustateurs sur son profil.
Un Catimor peut-il atteindre un niveau de spécialité ?
Certaines lignées, oui. Le catalogue de World Coffee Research cote le potentiel de qualité en altitude du Catimor 129 et du Kartika 1 comme bon, celui du T8667 et de la Lempira comme faible, celui du T5175 comme très faible. La lignée compte davantage que le nom générique.
Quelle est la différence entre Catimor et Sarchimor ?
Les deux dérivent de l'Hibrido de Timor. Le Catimor est croisé avec la Caturra, le Sarchimor avec la Villa Sarchi. Ce sont deux familles parallèles de variétés résistantes à la rouille.
Comment lire une étiquette qui indique Catimor ?
Cherchez trois informations que le mot ne donne pas : la lignée précise, l'altitude de la parcelle et la méthode de traitement. Un Catimor d'altitude bien traité peut être excellent, et un autre lot portant le même nom peut être plat.
Sources
- World Coffee Research, Arabica Varieties Catalog : fiches T5175, T8667, Lempira, Catimor 129 et Kartika 1. varieties.worldcoffeeresearch.org
- World Coffee Research, « Coffee leaf rust resistant coffee variety overcome in Honduras », 12 mai 2017. worldcoffeeresearch.org
- Avelino J. et coll., « The coffee rust crises in Colombia and Central America (2008-2013) : impacts, plausible causes and proposed solutions », Food Security, vol. 7, 2015.
- Centro de Investigação das Ferrugens do Cafeeiro (CIFC), Oeiras : origine de l'Hibrido de Timor et des croisements HW26 et H46.