Qu'est-ce que l'héritage du café Moka via Anvers ?
Le café Moka tire son nom de la ville portuaire de Mocha (Al-Mukha), au Yémen, d'où provenaient les premières exportations de café arabica vers l'Europe à partir du XVe siècle. Les marchands ottomans puis vénitiens, et enfin hollandais et anglais, ont structuré ce commerce maritime qui a fait du café une boisson de prestige en Europe.
Anvers, alors première place commerciale d'Europe du Nord, a bénéficié de ce flux dès le XVIIe siècle. Les cafés — au sens de lieux de sociabilité — se sont multipliés dans la ville à mesure que les négoces maritimes y importaient des denrées coloniales. La Bourse d'Anvers, fondée en 1531 et précurseur de la finance européenne, était déjà un lieu de brassage d'affaires autour du café, du poivre et de l'épice.
Au XVIIIe siècle, la Compagnie Ostendaise (1722–1731) — la tentative belge d'une compagnie des Indes orientales — a brièvement tenté de contourner le monopole hollandais en important directement café, thé et épices depuis l'Asie et la péninsule arabique. Bien que dissoute sous pression diplomatique, elle témoigne de l'appétit belge précoce pour le commerce colonial du café.
La notion de « café Moka » a évolué au fil des siècles. Aujourd'hui, elle peut désigner : 1. Le café issu de la région yéménite d'Al-Mukha, toujours cultivé en terrasses de montagne à plus de 1 500 m, avec des profils aromatiques complexes (chocolat, épices, fruits secs) issus du traitement naturel traditionnel. 2. Par extension, les cafés d'Éthiopie issus de la même espèce génétique et exportés historiquement par la même route commerciale (notamment les Harrar et Sidamo). 3. Un arôme générique de café-chocolat utilisé dans la pâtisserie et les boissons industrielles — usage éloigné de toute signification géographique.
L'héritage anversois du café Moka se retrouve dans la culture café belge contemporaine : une préférence historique pour les arabicas complexes, une tradition de torréfaction assez poussée pour les blends commerciaux, et une industrie du chocolat-café (les pralines au café anversoises) qui perpétue l'association organoleptique entre les deux produits.
Dans le contexte du mouvement specialty actuel, des micro-torréfacteurs belges ont renoué avec l'intérêt pour les cafés yéménites et éthiopiens héritage — souvent désignés comme « heirloom varieties » ou variétés patrimoniales — dont les profils aromatiques rappellent les descriptions historiques du Moka original.