Qu'est-ce que la route historique du café Moka ?
La route historique du Moka désigne le circuit commercial qui, du XVe au XVIIIe siècle, faisait transiter le café depuis les montagnes d'Éthiopie et du Yémen vers l'Europe via le port yéménite de Moka (Al-Mukha) sur la mer Rouge. Pendant deux cents ans, ce port a à 100 °C, pression vapeur ~2 bars, ratio 1:7 environ.
L'histoire commence au XVe siècle : les moines soufis du Yémen adoptent le café comme boisson rituelle pour veiller la nuit. La culture descend des plateaux éthiopiens, où Coffea arabica est endémique, et traverse le détroit de Bab-el-Mandeb pour s'implanter sur les terrasses du Yémen. Au XVIe siècle, La Mecque et Le Caire découvrent la boisson, et le café se diffuse dans tout l'Empire ottoman.
Le port de Moka (Al-Mukha, sur la côte yéménite de la mer Rouge) devient au XVIIe siècle l'unique point de sortie officiel : les souverains yéménites interdisent l'exportation de grains verts fertiles pour protéger leur rente. Les Néerlandais de la Compagnie des Indes orientales (VOC) contournent le blocus vers 1616 en sortant clandestinement des plants vivants, qu'ils acclimatent d'abord à Malabar en Inde, puis surtout à Java dès 1699. La Compagnie française des Indes emboîte le pas à la Martinique en 1723 avec un caféier parti du Jardin des Plantes de Paris. En quelques décennies, le monopole arabique s'effondre.
La route maritime classique de la cargaison de Moka passait par Djeddah, le cap de Bonne-Espérance, Amsterdam ou Marseille. La durée — six à neuf mois — dans des cales humides a eu un effet organoleptique durable, que l'on retrouve aujourd'hui artificiellement dans le Monsooned Malabar indien. C'est aussi par cette route que le café entre en Europe du Nord, notamment à Amsterdam (qui devient la place mondiale du café au XVIIIe siècle) et, via les ports anversois et gantois, dans les Flandres : les premières maisons de café de Bruxelles et d'Anvers remontent aux années 1660-1700.
Le terme « moka » est aujourd'hui trompeur : il peut désigner (1) l'ancien port yéménite ; (2) par extension tout café du Yémen ; (3) par confusion commerciale, n'importe quel café aux notes chocolatées (d'où le « café mocha » latté-cacao) ; (4) une cafetière italienne à pression (la moka pot) inventée par Alfonso Bialetti en 1933. Pour un amateur belge, comprendre la route du Moka permet de replacer le café dans une histoire longue où Amsterdam, Londres, Marseille et la VOC ont joué un rôle central — et où la Belgique s'est structurée comme pays de filtre chocolaté.
Jalons de la route historique du café Moka
| Période | Événement clé |
|---|---|
| XVe siècle | Adoption du café par les soufis au Yémen |
| XVIe siècle | Diffusion dans l'Empire ottoman (La Mecque, Le Caire) |
| XVIIe siècle | Monopole du port de Moka, voyages vers Amsterdam et Marseille |
| 1616 | La VOC néerlandaise exfiltre des plants vivants |
| 1699 | Acclimatation commerciale du café à Java (VOC) |
| 1723 | Caféier français implanté à la Martinique |
| XVIIIe siècle | Fin du quasi-monopole yéménite |
| 1933 | Invention de la moka pot italienne (Bialetti) |