Origines & terroirs

Qu'est-ce que le café du Yémen ?

Le café du Yémen est l'un des plus anciens cafés commerciaux du monde, cultivé depuis le XVe siècle sur les terrasses des montagnes de l'ouest du pays, entre 1 500 et 2 400 mètres d'altitude. Traité en nature par de petits paysans, il offre un profil très distinctif : vineux, fruits secs, chocolat noir, épices, parfois sauvage, avec une acidité complexe qu'on ne retrouve nulle part ailleurs.

Le Yémen occupe une place unique dans l'histoire du café : c'est depuis le port de Moka (Al-Mukha), sur la mer Rouge, que les fèves ont quitté la péninsule arabique pour la première fois vers l'Europe au XVIIe siècle, donnant son nom générique au « moka » comme boisson. Bien avant la Colombie ou le Brésil, les cafés du Yémen et d'Éthiopie ont constitué, pendant près de deux siècles, la totalité du commerce mondial du grain.

La géographie est extrême : les caféiers sont plantés sur de minuscules terrasses de pierre sèche accrochées à flanc de montagne dans les gouvernorats de Sana'a, Haraz, Bani Matar, Ismaili et Yafé, souvent entre 1 500 et 2 400 mètres, dans un climat semi-aride qui force la plante à stresser et à concentrer ses sucres. La plupart des exploitations font moins d'un hectare et mêlent le caféier au qat, aux légumineuses et aux figuiers.

Les variétés cultivées sont essentiellement des descendants anciens de Typica et Bourbon, souvent qualifiés localement de « Udaini », « Dawairi », « Tuffahi » ou « Haimi ». L'étude Yemen Coffee Genome (2020) a confirmé qu'il s'agit d'une mosaïque de landraces génétiquement distinctes, parfois plus proches des Arabica sauvages d'Éthiopie que des cultivars commerciaux modernes.

Le traitement est quasi exclusivement en nature : la cerise sèche sur le toit des maisons ou sur des lits surélevés pendant trois à six semaines, avant un dépulpage à sec dans de petites unités locales. Couplé à l'altitude, au soleil sec et aux variétés anciennes, ce process donne une tasse souvent décrite comme « un bon vin rouge oxydé » : notes de raisin muscat, de cacao, de tabac doux, de cardamome, parfois de fermentation sauvage. Malgré la guerre civile qui secoue le pays depuis 2014 et qui a fait chuter la production à moins de 15 000 tonnes par an, plusieurs projets Cup of Excellence-like ont vu le jour depuis 2020 (Yemenia Auction, Qima Foundation) et remettent en lumière ces cafés historiques auprès d'une scène spécialité belge et européenne de plus en plus curieuse.

Fiche d'identité — café du Yémen

CritèreCaractéristique
Historique1er café commercial exporté au XVIIe siècle
RégionsSana'a, Haraz, Bani Matar, Ismaili, Yafé
Altitude1 500 à 2 400 m
VariétésLandraces anciennes (Udaini, Dawairi, Tuffahi)
TraitementNature (séchage en cerise) quasi exclusif
Profil tasseVineux, fruits secs, cacao, épices, sauvage
Volume annuel< 15 000 tonnes (en baisse)
Port historiqueMoka (Al-Mukha), mer Rouge